Le fonds Collectivité Nationale, forme de fonds souverain

Francis journot strategies finance

Le projet Collectivité Nationale préconisait en 2016 des mécanismes de péréquation financière semblables à ceux exposés aujourd’hui dans le cadre du financement de l’Afrique subsaharienne. Ce modèle aurait pu permettre de sauvegarder de nombreux emplois manufacturiers, maintenu de l’activité dans de nombreuses régions et participé à l’équilibre des régimes sociaux.

Mais ainsi que je l’expliquais plus récemment dans le magazine Marianne en 2022 dans l’article « Normes abusives, pénurie de main-d’œuvre... : les obstacles à la réindustrialisation de la France », un cap de désindustrialisation a encore été franchi et on ne peut revenir en arrière. Par ailleurs, à moins de fermer hermétiquement les frontières de l’hexagone, les industries gourmandes en main d’œuvre ne peuvent concurrencer les pays à bas coûts. L’Etat ne financera pas une industrialisation robotisée qui crée peu d’emploi et ne participe que peu au comblement de la dépense publique. Il semble par ailleurs aujourd’hui difficile de faire revenir en France des industries parties en Chine.      

C’est pourquoi mes recherches m’ont amené à élargir le spectre à l’Afrique subsaharienne en demande d’industrialisation. Une péréquation financière des fonds, des mécanismes de mutualisation et économies d’échelle au sein d’écosystèmes industriels, permettraient l’industrialisation de la région subsaharienne tout en relocalisant des activités dans l’hexagone. Subséquemment, des centaines de millions de nouveaux ouvriers et dizaines de millions de cadres et entrepreneurs africains parmi les 620 millions de personnes supplémentaires qui s’ajouteront d’ici 2050 à celles déjà en âge de travailler, disposeront désormais d’un avenir africain et songeront de moins en moins à un exil européen.

Ils s’enrichiront et deviendront de nouveaux consommateurs qui achèteront ce qu’ils produiront en Afrique mais aussi de nombreux autres articles français à haute valeur ajoutée dont ceux du luxe. Le secteur automobile français retrouverait un nouveau souffle. Les commandes de plusieurs dizaines d’Etats africains davantage prospères, afflueront dans les secteurs français de l’aéronautique, défense, infrastructures etc.

Le fonds Collectivité Nationale principalement consacré à la réindustrialisation de la France, constitue une forme de fonds souverain car au service de L’Etat et de l’économie française mais géré avec l’efficacité d’un fonds d’investissement privé. Il bénéficiera ainsi davantage de la confiance des investisseurs et pourrait aussi envisager des opérations d’appel public à l’épargne (APE). Le concept global repose partiellement sur une mutualisation de coûts entre la France et l’Afrique, aussi nous faudra-t-il progresser en symbiose avec le programme EUAS / USSA.  Des milliers de petites, moyennes, de taille intermédiaire ou grandes entreprises industrielles françaises, bien que souvent dotées de savoir-faire rares ou de technologies avancées, disparaissent chaque année. Taille, mauvais choix stratégiques, défaut d’automatisation ou de robotisation, isolement et absence de réseaux et d’interlocuteurs de l’Etat impliqués, manque d’innovation quand des ingénieurs eux même isolés développent des produits qui pourraient sortir des entreprises de l’impasse et relancer leur activité.

Aussi nous relieront des entreprises au sein de réseaux professionnels spécifiques et créeront de nouveaux liens entre elles pour constituer des écosystèmes français performants. Identifier les plus prometteuses dont PME et ETI dont la spécialisation génère une forte valeur ajoutée, financer leur développement par le biais du fonds dédié, proposer des fusions pour atteindre une taille critique et favoriser la création de nouveaux champions économiques, leur ouvrir de nouveaux marchés étrangers comme ceux d’Afrique subsaharienne ou d’autres régions du monde, figureront parmi nos taches.

Un fonds destiné à la réindustrialisation d’une France souvent peu compétitive et très taxée, lèverait difficilement seul 10 milliards d’euros par an mais les nouvelles opportunités et une collaboration avec le fonds de New York, pourraient lui permettre de remplir cet objectif dans quelques années.  

 

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